Le "livre" de Ségolène Royal

Publié le par Mattheo Philes

Ségolène Royal a décidé de publier un livre en Septembre. En attendant, le contenu sera publié chapître par chapître sur son site : http://www.desirsdavenir.org/ . Mais peut-on parler de livre ? Après avoir lu le premier chapître disponible(16 pages environ en fichier pdf - disponible aussi en lecture directe sur le site), on ressent de la frustration. On n'en saît pas plus qu'avant. Ni sur elle, ni sur son programme. 

Quelques remarques d'abord sur la présentation de ce chapître. J'ai l'impression d'avoir en face de moi un "cahier de notes", telle une étudiante qui rassemble ses feuilles après la fin d'un cours. Beaucoup de phrases peu développées, de mots-clés, de confères, de signes "=" , etc...

De fait, ce n'est pas très agréable à lire.

Concernant le contenu, énormément de statistiques et de petits rappels (sans sources au passage). Beaucoup de choses que tout le monde saît déjà. De nombreux paragraphes pouvant se résumer en une ligne. La plupart des parties du chapître se terminant par une citation, pas de touche personnelle donc, de même pour la conclusion !

On a là une sorte de fiche "d'observation". La structure ressemblant à un programme mais sans vraiment de propositions. On ne ressent pas d'engagement personnel de la part de l'auteur.  Le peu de commentaires présents étant en fait des observations connues de tous.

Il n'y a aucune proposition face à cette grande énumération de maux et de statistiques.

On arrive quand même à dégager quelques prises de positions, néanmoins très peu nombreuses, et assez difficiles à interpréter. Le doute plane toujours.

_plutôt contre le vote obligatoire

_associe le vote FN à un vote anti-système, principalement masculin. Une crise de la masculinité est évoquée à la suite(racisme, sexisme, homophobie, receptivité aux thématiques "autoritaires-virilistes").

Rien de nouveau en fait concernant le vote anti-système. Ensuite, que doit-on en déduire des électeurs de droite nationale...des protestataires ou des "autoritaires-virils" ? N'oublions pas que Ségolène Royal est féministe.

_quelques propositions d'Olivier Duhamel(concernant les élections présidentielles et les campagnes), Ségolène ne les trouve pas inintéressantes - je les trouve absurdes : un temps d'antenne proportionnel à la représentativité de chacun. Une sélection plus stricte des candidats : représenter 3% minimum des électeurs ou réunir 200.000 signatures.

_L'urgence : montrer que l'impuissance n'est pas une fatalité.

Assez vague...aucune proposition pour y remédier.

C'est à peu près ce qu'on peut retenir de ce premier chapître concernant ses positions. C'est maigre en effet. Mais Ségolène s'implique très peu, même pas du tout.

Il y a d'autres points qui peuvent aussi être critiqués.

 "Les Français, qui « ont fait de la politique européenne un sport populaire » (Rifkin), ne sont pas apathiques mais en attente. "

Où sont donc ses propositions face à cette attente ? De toute façon, il faut réintroduire dans les esprits l'idée de participation du peuple et changer les mentalités. Je pense qu'il faut que les français sortent de cet état d'esprit de dépendance vis-à-vis des élites politiques. Les français s'en remettent aux hommes politiques en attendant tout d'eux, croyant qu'ils ont toutes les réponses.

Plus l'insécurité, la précarité et l'incapacité à faire France se répandent, plus le FN capitalise. Face à cela elle propose : "A traiter d'urgence : le sentiment d'abandon et de lâchage de plus en plus général."
Pourquoi ne pas s'attaquer directement à ce qui capitalise directement le FN ??

Un Parlement et des instances élues qui ne représentent pas la diversité de la France (femmes, ouvriers et employés majoritaires dans la population active, Français de toutes origines).

C'est une remarque intéressante. Mais juste une remarque...que doit-on en conclure ? comment faire en sorte que la diversité soit mieux représentée ? mystère...Mais en fait, c'est un peu bête comme remarque, surtout sans propositions à côté...puisque la diversité élit un réprésentant et par conséquent, les femmes, ouvriers, employés, etc...se retrouvent dans le réprésentant qu'ils ont élu...

Le referendum local créé par les lois de décentralisation (2003, 2004) mais auquel les élus résistent car, pour beaucoup, il empiète sur les prérogatives de la représentation et que les préfets refusent, comme celui demandé dans un département par 46.000 pétitionnaires sur les déchets radio-actifs.
Donc plutôt contre ou pour le référendum local ? cet exemple illustre assez bien la rédaction de ce premier chapître, beaucoup d'observations lancées sans explications, sans développement, sans propositions. Le lecteur reste perplexe.

Les décisions imposées à la hussarde, par ordonnances ou 49-3 : retraites, CPE.
Je tiens à signaler que ce sont des dispositifs légaux et constitutionnels. S'ils sont là ce n'est pas pour rien...

Mon choix = transparence, efficacité et démocratie participative car, comme le disait Marc Bloch, « notre peuple mérite d'être mis dans la confidence ».

c'est son choix ou celui de Marc Bloch alors ? A noter que quelques reproches sont faites à Ségolène Royal. Thomas Porchet, 22 ans, collaborateur du groupe UMP/UDF/non-inscrits Poitou-Charentes, lui trouve 2 reproches : une politique "axée sur la communication" mais également une volonté de s'arroger "les pleins pouvoirs".

Je dois également noter une faute d'orthographe : Bolkenstein. Et bien non, ça s'écrit Bolkestein ! Erreur de frappe ou faute volontaire ? On se rappelle que c'est une technique utilisée par les détracteurs de la directive "services" pour amalgamer cette dernière à Frankenstein, pour faire croire à une directive horrible...(remarque, il est vrai qu'aujourd'hui cette directive est toute dénaturée et rapiécée...grâce à qui ?)

" La droite instrumente les peurs (cf. « société de la peur », déclinistes, discours-catastrophe préparant au remède de cheval ultra-libéral) "

On tape encore sur le libéralisme et on nous sort une fois de plus "l'ultra-libéralisme" alors que l'ultra-libéralisme n'existe pas. Et souvent on qualifie des personnes d'ultra-libérales alors qu'elles n'ont rien de libéral...Qui plus est, la France est loin d'être bercée dans le libéralisme...Propos assez amusant sachant qu'il y a quelques temps Ségolène Royal avouait admirer Tony Blair. Certes, c'était surtout pour se faire remarquer. Il ne faut pas oublier non plus que le libéralisme n'est ni de droite, ni de gauche. De toute façon, on trouve des libéraux aussi bien à droite qu'à gauche et au centre(d'ailleurs c'est ici que je classerai Ségolène Royal pour le moment. Centre-gauche). Elle a aussi, par exemple, le soutien de Bernard Kouchner qui est un libéral de gauche (social-libéral).

Il y a tout de même quelques passages intéressants, très peu nombreux...mais encore une fois seulement descriptifs.

A la fin de la lecture on se demande où sont les propositions, les alternatives ? Où est la pensée de Ségolène Royal ? En somme, un chapître creux. C'est assez bien joué : elle fait parler d'elle sans trop se mouiller. Combien de temps cela va-t'il durer ?? Espérons mieux pour la suite du livre...

La tactique Ségolène, c'est d'écouter les idées, les émotions, les attentes des sympathisants et des français pour ensuite les reprendre - sans pour autant apporter de solutions. C'est en partie une bonne chose, car les français sont en partie "écoutés". Mais en même temps on a l'impression de voir un personnage creux, une coquille vide incapable de présenter elle-même des idées, des moyens de sortie... En procédant ainsi, elle ne satisfait pas forcément tout le monde, mais elle ne déçoit pas non plus. Le guide a besoin d'être guidé ?....pourtant, elle a bien dit que les français étaient en attente...Nous n'attendons pas un mollusque, encore moins une coquille vide !

Pour moi aussi terminer sur une citation :  "Elle crée des espérances, mais c'est une immense artiste de la déception...Son style, c'est beaucoup de communication, une pensée évanescente, pas de message." Dominique Bussereau(parlant de Ségolène Royal), ministre de l'Agriculture, élu de Charente-Maritime, février 2006.

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