CPE: même sort que Bolkestein

Publié le par Mattheo Philes

Décision surprenante de la part de notre Président vendredi dernier : promulguer la loi sur l'égalité des chances tout en demandant que le CPE ne soit pas appliqué avant modification des deux points fondamentaux, i.d. la durée d'essai et le motif de licenciement. On promulgue mais on n'applique surtout pas ! Ainsi, Jacques Chirac souhaite abaisser la période d'essai à 1 an et obliger l'employeur à fournir un motif en cas de licenciement.

N'oublions pas qu'il s'agit avant tout de la promulgation de la loi sur l'égalité des chances, le CPE n'étant qu'un point parmi tant d'autres. Cela permet par exemple de mettre en application toutes les autres mesures de cette loi (apprentissage à 14 ans, CV anonyme, etc...). Ce n'est pas forcément une perte de temps.

Mais que dire de Chirac sur le CPE si ce n'est qu'il s'est plié aux opposants ? C'est une décision qu'on pourrait qualifier de sage si elle avait été émise plus tôt (il aurait fallu discuter de ça soit pendant l'élaboration du CPE,  soit après le vote mais avant de promulguer. A noter que Chirac a eu beaucoup de temps pour faire part de ses propositions. Il a d'abord préféré le silence puis promulguer pour ensuite proposer. Insensé...). Il fallait soit promulguer sans concessions, soit demander une deuxième lecture. Chirac ne respecte pas les institutions contrairement à ce qu'il dit. Puisque par derrière il appelle à une suspension et une modification. Il a voulu jouer le diplomate en faisant croire qu'il soutenait à la fois Villepin et la gauche (et les jeunes). Malheureusement, il a échoué, d'abord ses propositions ne sont pas satisfaisantes pour la gauche (peut-être le sont-elles pour les jeunes ??), et là où Villepin voulait se démarquer, tenter quelque chose, ne pas tomber dans le piège de ses prédécesseurs, Chirac ne lui en laisse pas la possibilité.

Nous avons là un Villepin affaibli, et par la gauche et les manifestants, et par le Président lui-même. Il n'aura aucune chance pour 2007. Le CPE était une arme. D'une part, en appliquant une loi sur le chômage des jeunes jusqu'au bout, là où beaucoup ont échoué, d'autre part, en jouant sur la (pseudo ??)réussite de ce contrat (voir article Villepin en période d'essai). Chirac s'est bien débrouillé pour faire en sorte que le premier ministre ne démissionne pas. Ca serait démesuré. Ainsi, ol n'a plus le soutien de Chirac, il n'a pas celui de Sarkozy, beaucoup qui s'affichaient solidaires présentaient des signes de faiblesse, homme seul il était, homme seul il demeure.

La gauche est vraiment incompréhensible. Les deux points qui suscitaient la polémique viennent d'être remis en cause par le Président et ces derniers souhaitent toujours le retrait et continuent d'appeler aux manifestations. Pourtant, ils devraient être satisfaits ! Le motif doit être fourni en cas de licenciement, la période d'essai a été abaissée à 1 an. Peut-on faire mieux ? Cela rappelle l'épisode Bolkestein, directive également dénaturée et qui était là pour que la France, championne des services, "prospère". En fait, la gauche cherche à paralyser le gouvernement et la jeunesse, et le pays ! Loi votée, jugée conforme par le Conseil Constitutionnel, et enfin promulguée. La gauche remet en cause les institutions. Remet en cause la démocratie représentative. Elle cherche à rassembler pour 2007, à commencer par ses propres troupes qui jusque là étaient divisées. Elle cherche aussi à affaiblir ses concurrents : d'abord Villepin, ensuite Chirac en persistant sur le retrait et l'appel aux manifestations, et ils ne vont pas se priver pour mettre des bâtons dans les roues de Sarkozy qui est chargé du dossier. Une gauche non pas contre le CPE, mais contre le gouvernement. Une gauche non pas avec les jeunes, mais contre les jeunes.

On croit tous que Sarkozy est le grand "vainqueur" de la droite sur le problème du CPE. Ayant gardé ses distances avec le premier ministre - tout en affirmant sa solidarité. Et félicitant la décision du Président qualifiée de "sage", on voit en lui le "sauveur". De deux choses l'une, ou bien il réussit à sortir la France de la crise, ou bien il sombre tout comme Villepin et Chirac. Car c'est sa carrière présidentielle qui est en jeu. Monsieur "rupture", monsieur "imaginons la France d'après", monsieur qui a toutes les solutions...doit aujourd'hui passer à l'action. Il va d'abord affronter les partis de gauche et les syndicats, les manifestants, les casseurs (si évidemment les manifestants décident de suivre les représentants de gauche, ce qui serait totalement incompréhensible).  Alors soit il connaît lui aussi une guerre d'usure telle que le chef du gouvernement a connu ces dernières semaines, ce qui risque de de réduire ses chances aux prochaines élections, soit il arrive à apaiser la jeunesse qui est la seule à véritablement contrôler la situation.

Décidément, il est devenu impossible de réformer ce pays. On cherche à faire plaisir plutôt que de chercher à faire ce qui est ou ce qui semble bon. Il fallait laisser sa chance au CPE. Si ça ne marchait pas on remballait. On aurait éviter de nombreuses semaines de blocage, qui auraient sûrement été quelques semaines de travail pour certains. Attendons les résultats de la grève de demain, seuls les étudiants peuvent se sortir eux-mêmes de ce pétrin, essayer ou bloquer aveuglément...

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